Les mots de la fin

Blogue de Daniel Ducharme

Louvain-la-Neuve


Daniel Ducharme | Idées | 2026-03-13


En lisant différents commentaires sur Milan dans le cadre des Jeux olympiques, je me suis souvenu d'une réflexion que je m'étais faite à moi-même après un court séjour professionnel à Louvain-la-Neuve (Belgique) au printemps 2014. Compte tenu de la brièveté du voyage (quatre jours à peine), mon intention première était de me rendre immédiatement dans la célèbre ville universitaire aussitôt débarqué à Bruxelles. Je voulais prendre le pouls de cette ville, explorer ses parcs, profiter du calme avant l'arrivée des collègues, déambuler dans ses rues piétonnes - Louvain-la-Neuve est une ville sans voiture au cas où vous ne le sauriez pas. Mais voilà que plusieurs personnes ont ruiné mon projet, alléguant qu'il était stupide de s'arrêter à Bruxelles sans voir le Manneken-Pis, cette fontaine ayant la forme d'une statue de bronze qui représente un jeune garçon qui pisse… Symbole de la ville aux yeux du monde, elle est située tout près de la Grand-Place.

Après un temps de résistance, je me suis rendu à leurs arguments. J'ai donc modifié mon séjour, réservé un hôtel au centre-ville et vu le Manneken-Pis… L'affaire d'à peine cinq minutes. Et après ? Je ne connaissais pas Bruxelles, donc comment pourrais-le la découvrir en vingt-quatre heures ? J'ai marché dans le quartier environnant, j'ai parcouru la rue Neuve, l'équivalent de la rue Sainte-Catherine à Montréal, puis je suis rentré à l'hôtel, amèrement déçu par ma promenade. Il y eut des moments agréables, tout de même, comme ce repas dans ce restaurant grec où le propriétaire avait un frère et des cousins à Montréal. Il m'a offert l'apéritif et le digestif, moi qui n'ai pas l'habitude de boire trop d'alcool…

Franchement, la ridicule statue de bronze, j'aurais pu la voir sur Wikipédia. Pourquoi fallait-il absolument la voir en vrai ? Faut-il tout voir dans le monde ? Une vie de suffit pas, même pour les plus grands voyageurs d'entre nous. Je me considère déjà privilégié d'avoir visité des villages comme Cha-da-Cadeira à Fogo (Cap-Vert) et Fontainhas à San Antao (Cap-Vert), des sites exceptionnels d'une rare beauté et d'une originalité peu commune (le premier est situé dans le cratère d'un volcan, le deuxième érigé à flanc de montagne). Certes, des lieux de cette envergure, qui défient l'imagination humaine, il y en a bien d'autres dans le monde. Mais je ne peux les voir tous ! Personne ne peut tout voir…

Après cette journée à Bruxelles et une mauvaise nuit dans un hôtel - assez bien puisqu'il donnait sur la Grand-Place, le lendemain matin j'ai pris le train pour Louvain-la-Neuve. C'est au cours de ce bref trajet - car j'ai vite compris que rien n'est vraiment loin en Belgique - que m'est venu l'idée d'écrire un petit texte que j'ai publié sur mon blogue principal :

En descendant à la gare de Louvain-la-Neuve, j'ai compris à quel point ce vingt-quatre heures passé à Bruxelles pour voir le Manneken-Pis allait figurer au panthéon des mauvaises décisions que j'ai prises au cours de mon existence. En montant l'escalier qui débouchait sur la Grand-Place, ma valise à la main, je me suis retrouvé immédiatement sous le charme de cette ville étudiante unique au monde. Et la première chose que je me suis dite, en arrivant, c'est : Pourquoi n'ai-je pas tout tenté pour venir étudier ici dans ma jeunesse ? Puis je me suis rappelé que, issu d'une famille modeste - un euphémisme pour ne pas dire pauvre, on s'entend -, il aurait été pratiquement impossible de décrocher une bourse suffisante pour un séjour de plusieurs années dans ce pays.

Ce regret à peine énoncé, je me suis mis à marcher en direction de mon hôtel. Pour s'y rendre, il fallait sortir du centre-ville et traverser un parc. Tout respirait le calme et la sérénité. Si je n'avais pas été à Bruxelles la veille, j'aurais pu profiter d'une journée entière pour parcourir les rues de la ville. Remarquez, Louvain-la-Neuve n'est pas une belle ville à proprement parler. Comme son nom l'indique, il s'agit d'une ville récente, bâtie à partir de rien en 1971 suite à la scission des parties néerlandophone et francophone de l'Université de Leuven (Louvain en néerlandais). Une autre absurdité de l'Histoire… Au moins, celle-ci n'a pas occasionné un bain de sang… mais une ville nouvelle ! Une ville nouvelle distante d'à peine trente kilomètres de l'ancienne… Quand je vous disais que rien n'est loin en Belgique…

Enfin… j'ai tout de même passé quarante-huit heures à Louvain-la-Neuve, tout en observant tous ces étudiants qui, eux, allaient y passer des années. Une vie c'est pas assez, on s'entend là-dessus. Alors, ne vous laissez pas berner par ceux et celles qui vous martèlent que vous devez absolument voir la Tour Eiffel à Paris alors que votre destination est Lyon, Bordeaux ou Rennes.


Revenir en haut de la page